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"Des soupirs perdus à Hong Kong"

par François Beyens

 

303 pages, broché. ISBN:2-930430-06-0

Présentation de ce roman

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J'ai écrit ce roman en faisant revivre des souvenirs datant d'un long séjour fait à Hong Kong il y a des décennies. Laissant mes doigts courir sur le clavier je laissai affluer la mémoire d'autres personnes que je rencontrai alors. Enfin, dans un processus de transformation qui m'étonna moi-même, j'y t introduisis la fiction, celle de gestes et de mots, de situations et de pensées, au point que le personnage de Gilles prit une indépendance insoupçonnée, un profil imprévu, une personnalité que je ne reconnaissais plus qu'à travers quelques bribes d'existence perçues au cours des phrases.

Bien qu'ayant beaucoup écrit dans un autre domaine, celui de l'acupuncture, j’entrevis, en décrivant ces "Soupirs", le pouvoir créatif issu de la relecture du passé non soumise aux contraintes qui me freinaient d’habitude, qu’il était possible d’enrichir et d’en augmenter l’intensité par les différents procédés littéraires à ma disposition. Je n’en abusai pourtant pas, rechignant à lâcher la bride à l’invention sous peine de ne plus reconnaître le produit final.

J’assume la paternité de celui-ci. J’éprouvai un immense plaisir à l’écrire, puis un étonnement charmé lorsque je rencontrai un éditeur. Les échos des premiers lecteurs me donnent confiance. J’espère que vous la confirmerez. 
Et pour vous apprivoiser (peut-être) voici deux extraits supplémentaires :


« Dans son lit, ce même soir, il sent pourtant, contre toute attente, la colère qui monte. Il en a assez de ce Robin suspendu au-dessus de lui comme une épée de Damoclès. Il en a assez d’elle, ça ne vaut plus la peine de lutter. Elle est en train de jouer avec lui, s’approchant puis s’éloignant. Elle s’ennuie et se sert de lui, comme une fille avec son amoureux. Il ne veut pas être son amoureux, il a passé l’âge de soupirer comme un imbécile et de servir d’instrument à des caprices féminins. Il prend des résolutions : l’oublier, ne plus s’occuper d’elle, faire comme si elle n’existait pas. Elle a raison quand elle dit : Ne vaudrait-il pas mieux… Il vaut mieux. Au Club, il n’y aura plus que des membres du personnel et il fera une croix sur cette Emily avec qui il a essayé de sortir tant de fois en vain. Il ne lui donnera plus l’occasion de le faire courir, ni la satisfaction de refuser chaque fois qu’il l’invite. Oublier sa tête sur son épaule, Oublier ses lèvres, oublier qu’elle a dit son nom. Il ne la connaît plus, elle ne lui est rien. Il ne va pas s’en faire pour une chinoise. Il s’essaye au racisme. » 

«Gilles demande cependant au chauffeur du taxi qui les ramène de prendre l’ancienne route qui contourne l’île par l’Est, et qui traverse les cités de Chai Wan, Shau Kei Wan et Sai Wan avant d’arriver à North Point. C’est plus long, mais Gilles a ses raisons. La route traverse les cités sur des viaducs très surélevés. Il fait nuit. Les cités ne sont que défilement d’immeubles de trente à cinquante étages, masses étroites et sombres de béton, mais presque tous les logements sont éclairés. Cela fait des dizaines, non, des centaines de milliers de petites lumières suspendues dans la nuit puisque l’amas des immeubles se fond dans l’obscurité. Ils parcourent ce chemin comme s’ils étaient dans un vaisseau spatial se glissant au sein d’une voie lactée très présente, chaque petite lumière représentant une étoile. Un rêve interstellaire, le temps et l’espace les ont transportés au milieu de l’univers. Un vertige de lumières, de lucioles de l’infini devant lesquelles ils circulent en silence, la main dans la main, respirant l’air tiède de la nuit, bercés par le ronronnement du moteur de la voiture, tandis qu’au-dessus d’eux les vraies étoiles semblent bien pâles par rapport à cet éclatement. Emily est repliée contre lui, s’incruste en lui, indifférente au chauffeur qui jette de temps en temps un regard furtif et probablement désapprobateur dans le rétroviseur. Bien loin sont les moments où elle s’asseyait à un bout de la banquette, ne lui octroyant qu’une pression contenue et brève de la main. Le bras de Gilles l’entoure, côte à côte, l’un contre l’autre tandis qu’ils participent ensemble à ce voyage imaginaire au milieu des astres, le temps d’un rêve éveillé à deux, le temps d’une très courte éternité.»